François Bonneville
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L'église de Saint-Maurice des Chasaux

L'église de Saint-Maurice des Chasaux doit son charme à son isolement, à son environnement sauvage, à la sobriété de sa construction et au caractère rustique que lui confère sa lourde toiture de pierre. Son site est incomparable : elle domine de deux cent mêtres le confluent de l'Ain et de la Valouse au bord duquel se dressent les épaisses murailles féodales du château de Conflans.

Historique
Son origine est monastique. Quelques moines de Condat, le futur Saint-Claude, vinrent sans doute cherche la solitude sur ce rocher, et il est probable que, comme en bien d'autres lieux, un village se constitua peu à peu autour du prieuré qu'ils établirent. L'église elle-même est mentionnées dans divers actes dès le XIème siècle parmi les possessions de l'abbaye de Saint-Claude (alors Saint-Oyend de Joux) sous le nom de Saint Maurice de la Roche, puis à partir du XVème, sous celui de Saint-Maurice d'Echaseaux ou plus proprement des Chasaux, un chasal désignait un lieu de ruines. On en déduit que le village primitif aurait été détruit au XIVème siècle, époque où Corveissiat fût également incendié. Les routiers des grandes compagnies sévissaient alors dans la région, comme ailleurs en France à la suite de la guerre de cent ans. Le sinistre Thiébaub de Chauffour, depuis le château d'Oliferne dont il s'était emparé par surprise en 1361, saccageait tout la contrée.

Reconstruit sur son emplacement actuel, le village de Saint-Maurice fut à nouveau incendié en 1639 : la lutte entre la France et la maison d'Autriche pour la possession de la Franche-Comté avait alors pris dans cette région frontalière la forme d'une farouche guerre de partisans. En représailles des dévastations opérées par les "faucheurs" bressans du Français Villeroy, les comtois de César de Saix, baron d'Arnans, ravageait le Revermont. Le 23 décembre 1639 à cinq heures du matin, 500 d'entre eux surprennent les villages de Saint-Maurice, Lavillat et Corveissiat, qu'ils pillent et brûlent. Les églises furent épargnées.

Les injures du temps et la négligence des hommes faillirent pourtant être fatales à celle de Saint-Maurice. Son délabrement et l'urgence des réparations sont signalés dans des documents du XVIIème et du XVIIIème siècle. Bien qu'église-mère de la paroisse à l'orgine, elle n'était plus desservie dès le XVIIème siècle, en raison de son éloignement et de son incommodité, que comme une annexe de Corveissiat, ce qu'elle devint officiellement en 1811. Elle échappa de peu à une démolition en 1849. En 1894, la sacristie et le porche furent supprimés et leurs matériaux réemployés pour la construction du portail et du mur de clôture du cimetière. Elle était pratiquement à l'abandon lorsque les démarches pressantes de l'Abbé Perrin, curé de Corveissiat, parvinrent à la faire inscrire à l'inventaire supplémentaire en 1939. Définitivement classée Monument Historique en 1941, elle attendit 1970 pour être complètement restaurée.

Architecture

Telle qu'elle se présente ajourd'hui, l'église de Saint-Maurice date vraisemblablement du XIVème siècle. La technique adoptée ici est celle de la voûte en berceau brisé. C'est la plus rudimentaire. Elle consiste à appuyer de solides contreforts sur les murs pour équilibrer les poussées latérales. Cela nécessite d'avoir à sa disposition des pierres en abondance; matériau qui ne manque pas dans le Jura. C'est pourquoi on rencontre beaucoup d'églises de ce type dans la vallée de l'Ain et la haute vallée du Suran; l'église de Saint-Maurice étant toutefois la seule à subsister à peu près intacte.

Intérieur

Son plan est des plus simples. Le choeur, presque carré (4m08 x 5m37) est précédé d'une nef rectangulaire (11m90 x 6m15) dont la voute en berceau brisé est renforcée en son milieu par un arc doubleau qui retombe sur des pilastres d'une grande sobriété. On accède à l'intérieur par cinq marches descendantes. L'éclairage est réduit :

  • A droite, trois petites fenêtres dont deux en arc brisé et une rectangulaire en forme de meutrière.
  • A gauche, une seule fenêtre de même forme rectangulaire.
  • Au fond du choeur, deux fenêtres jumelles en arc brisé.

Au centre du choeur, le maître autel en forme de tombeau est relativement récent : deux autres autels plus anciens, simples blocs de pierre massifs, s'appuient à droite et à gauche au fond de la nef.
Dans le mur à gauche du choeur, deux niches fermées, la plus petite servant de tabernacle avant que l'usage se répandent au début du XVIIème siècle de les placer sur les autels. Dans le mur de droite, une autre niche ouverte à usage de lavabo.
A l'entrée de la nef, deux cuves baptismales octogonales sans ornement autre que quelques moulures. Inséré dans le mur gauche, un bénitier d'un décor très rudimentaire.
Au sommer de l'arc qui sépare le choeur de la nef et qui supportait le petit clcoher-mur, on aperçoit l'orifice gainé de bois par où passait la corde de la cloche.

Extérieur

Le clocher-mur qui s'élevait à la jonction des toitures de pierres plates (laves) de la nef et du choeur fut rasé sous la Révolution. Il n'en reste que la souche. Trois contreforts au nord et trois au sud épaulent solidement les murs latéraux de la nef.
A droite de l'entrée, un pupitre extérieur en saillie dont manque le rebord de pierre. Sur le mur du choeur se remarque l'emplacement de l'ancien passage, aujourd'hui muré, qui donnait accès à la sacristie détruite en 1894. Cette construction disparue explique l'inégalité des pentes nord et sud de la toiture du choeur.
Devant l'entrée de l'église, se dresse une belle croix de pierre. Son fût de section carrée est orné d'une étoile.

Le cimetière

Se faire enterrer auprès de cette vénérable église, en ce lieu solitaire et devant ce magnifique paysage reste un privilège réservé aux habitants de l'ancienne commune, c'est-à-dire de Saint-Maurice et Conflans. Un privilège qui n'allait pas autrefois sans difficulté lorsqu'il fallait porter le cercueil à bras d'homme depuis le fond de la vallée.

Sources

  • Histoire des communes de l'Ain
  • Richesses touristiques et archéologiques du canton de Treffort (Paul Cattin)
  • La vallée du Suran (Abbé Perrin)
  • Saint-Maurice (Eugène Dubois)
  • Saint-Maurice (manuscrit) (Dom Benoit)
  • Historique de l'abbaye et de la terre de Saint-Claude

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